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Vers un dialogue constructif

Selon quelles règles conduire le dialogue politique, économique et social pour qu'il porte pleinement ses fruits? Telle est la question débattue par le symposium de la Fondation Novartis pour un développement durable, organisé début décembre.


Klaus M. Leisinger,
président de la Fondation Novartis pour un Développement Durable

"Tout le monde glose sur l'importance du dialogue avec la ‹société civile›. Il faut pourtant reconnaître qu'en matière de dialogue, la réalité à laquelle sont confrontés les dirigeants d'entreprises diffère largement de l'idéal théorique", constate Klaus M. Leisinger, président de la Fondation Novartis pour un développement durable. Ainsi, la Fondation a décidé de consacrer la présente édition de son symposium annuel à la définition des conditions nécessaires à un dialogue constructif entre interlocuteurs des mondes politique, économique et social. Par constructif, on entend un dialogue débouchant sur de meilleures solutions, grâce aux alliances stratégiques forgées entre les différents interlocuteurs en vue d'obtenir des résultats innovants.

Briser les tabous
Klaus M. Leisinger espère qu'à cette occasion les participants sauront tirer parti de la riche expérience des différents orateurs présents pour réexaminer leur propre comportement dans la pratique du dialogue. Il faut dire que le panel des personnalités invitées est particulièrement vaste: on y trouve ainsi Egon Bahr, homme politique allemand considéré comme l'artisan de "l'Ostpolitik" du chancelier Willy Brandt. Après la construction du mur de Berlin en 1962, Egon Bahr a encouragé le dialogue avec les gouvernements communistes d'Europe de l'Est pour désamorcer la guerre froide. En engageant la discussion avec des personnes auxquelles il était alors "politiquement incorrect" d'adresser la parole, Egon Bahr a brisé un tabou. Tout autre est le combat de Necla Kelek, sociologue allemande d'origine turque engagée dans la lutte contre l'oppression des femmes musulmanes en Allemagne. Permettre une éducation non émancipatoire dans les familles traditionalistes, dit-elle, c'est "de la tolérance mal comprise". Comme Egon Bahr, elle se bat contre les tabous. Ainsi la problématique des mariages forcés a trop longtemps été tue par crainte de passer pour xénophobe. Necla Kelek exige que l'on ouvre le dialogue sur les tabous culturels, dans l'espoir de voir s'amorcer une réflexion née de l'obligation d'argumenter logiquement sur des positions idéologiques.

Faire participer la base
Klaus M. Leisinger a aussi pris la parole pour présenter sa propre expérience. Selon ses observations, le "dialogue avec la société" fait certes partie des bonnes pratiques de management, mais on ne peut pas parler de tout à tout le monde, ni de n'importe quelle manière. Il faut d'abord déterminer les objectifs et le contenu du dialogue, ainsi que les "règles du jeu". Définir par exemple le début, la fin, les pauses, les conditions de poursuite ou d'interruption de la discussion. Un dialogue bien préparé et mené de manière professionnelle peut être une expérience très instructive. "Mais, souligne-t-il, il est primordial que les représentants des parties prenantes fassent participer les décideurs de leurs institutions au processus d'apprentissage, faute de quoi les résultats obtenus n'auront aucune chance de s'imposer."
 

Discuter dans un cadre informel
François Meienberg, de l'organisation tiers-mondiste Déclaration de Berne, pense lui aussi qu'il est essentiel, pour un dialogue fructueux, de définir des objectifs communs avant d'entamer la discussion. Invité à s'exprimer sur les limites du dialogue, il attire par exemple l'attention sur les risques de le voir utilisé dans le but d'instrumentaliser les ONG ou, en s'éternisant, de remettre aux calendes grecques la prise de mesures concrètes. Une autre pratique fréquente qu'il relève consiste à monter les ONG les unes contre les autres en invitant certaines d'entre elles à la table des négociations tout en laissant entendre que les autres ne sont "pas assez sérieuses". Un dialogue positif passe, selon lui, par le respect du rôle de chacune des parties en présence ainsi que des intérêts qu'elle défend, et par une communication ouverte sur le déroulement des entretiens. "Les meilleures discussions sont celles qui ont lieu loin de la table des négociations", ajoute-t-il. Il est bien plus aisé de s'ouvrir à son interlocuteur dans un cadre informel, par exemple au cours d'une promenade partagée. "A condition, toutefois, que chacun des protagonistes ait suffisamment confiance en lui."

Respecter son interlocuteur
Julia Onken, psychologue et psychothérapeute, souligne pour sa part que le dialogue ne pourra être le point de départ d'une évolution que si les deux partenaires se montrent honnêtes et sincères. "Le dialogue, au sens socratique du terme, implique de vouloir du bien à l'âme de son interlocuteur. C'est en dialoguant avec autrui que l'on se rencontre soi-même. On apprend ainsi la vérité de l'autre en même temps que la sienne." Comme dans toutes les relations humaines, le respect mutuel est la base de la réussite. Lorsque l'empathie, l'acceptation, l'estime et la cohérence sont présentes, les conditions sont réunies pour un dialogue constructif.

Définir une éthique
Pour Hans-Peter Schreiber, responsable du département d'éthique et d'évaluation des conséquences technologiques à l'EPFZ, le dialogue est un instrument important permettant de conduire des débats de société fondamentaux. Ainsi, selon lui, une discussion éthique fondamentale s'impose de toute urgence, afin de définir les limites que l'homme doit respecter dans son rapport à la nature et de fournir à la recherche scientifique des repères quant à ce que la société accepte. Au lieu de quoi les débats actuels tournent exclusivement autour des risques de la recherche, alors même que ceux-ci sont aujourd'hui très bien maîtrisés.

Poser des limites
"Ce débat superficiel autour des risques ne fait que masquer le problème réel, à savoir que l'homme ne s'est jamais remis du fait qu'avec le darwinisme la nature a perdu son aura d'immuabilité et donc de divinité, explique-t-il. Contraint de se définir non plus comme un cadeau de la nature mais comme le produit de sa propre évolution, l'homme doit également endosser la responsabilité de ses actes, et montrer à la science quelles sont les limites éthiques qu'il lui impose." La Suisse s'est montrée à cet égard exemplaire lorsque, dans les années 1990, plusieurs votations populaires ont décidé quelle serait la marge de manœuvre laissée aux sciences naturelles. Les votants ont, à cette occasion, prouvé que la démocratie est un outil de dialogue approprié pour définir les normes éthiques acceptables par la société.

 

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